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Club Naturiste, architecture et naturisme 1

Architecture, intimité,
et naturisme

Par Daniel Pagès, architecte
et président du Gymno Club Rhodanien (1).
Pour lui écrire cliquer ici...

Réflexion pour un habitat naturiste

Peut-on concevoir une logique architecturale
prenant en compte les spécificités de la vie quotidienne naturiste,
qui donne d’autres règles à l’intimité ?...
Le débat est ouvert…

L’activité de l’architecte, dans nos sociétés occidentales où la division du travail est devenue la règle, consiste,
sur la base de programmes ou sur l’expression de besoins, à produire des espaces différentiés, abrités et cloisonnés.
A l’aide de pratiques techniques multiples et la mise en œuvre de matériaux les plus divers, au cours de l’histoire de l’humanité,
l’espèce humaine n’a cessé de distribuer l’espace considéré comme naturel ou originel, mis à sa disposition.
L’objet n’est pas ici de revenir sur cette appropriation qui relève plus de la métaphysique que de la stricte histoire des techniques.
Il en résulte l’espace de nos villes et villages que nous pratiquons quotidiennement.

L’espèce humaine disposerait, depuis l’origine des temps, avec d’autres espèces animales (Oiseaux, castors, fourmis, etc.) de l’environnement
qu’elle parcours pour se l’approprier et le modeler suivant ses besoins, et maintenant de ses normes.
Dire de cette observation que la fonction culturelle, est en l’espèce, pertinente, ne serait qu’évidence.
Mais à l’observation des situations encore visibles sur le terrain ou à l’examen de documents iconographiques historiques,
l’extrême diversité des formes d’habitat qui résultent de cette activité, ou de cette projection culturelle humaine sur l’espace,
représente à l’évidence un champ d’investigation pratiquement illimité. De l’ethnologie à la géographie urbaine, toutes les disciplines sont conviées au débat.

L’espèce humaine est singulière
Nous perçevons facilement la nécessité de produire des espaces délimités matériellement
à des fins de protection pour s’affranchir autant des "agressions" climatiques que sociales.
Mais que pouvons-nous dire des performances des solutions proposées,
non directement associées, à ce seul projet ?
Parler de projet, dès l’abord de cette question, caractérise déjà la singularité de l’espèce humaine,
qui, au-delà d’une perception strictement fonctionnelle des ses actions,
valoriserait d’autres approches que nous désignons comme "culturelles".
C'est-à-dire, comme spécifiques d’une espèce, dans un espace donné,
et appartenant à un ou des champs particuliers d’investigation.

Les investigations de nature ethnographiques, que nous connaissons sur les formes d’habitat
dans les populations dites "traditionnelles", sont significatives de la diversité des approches,
qu’elles soient religieuses, symboliques, etc... Elles caractérisent aussi la diversité des pratiques
sociales dans les groupes humains ou entre les groupes identifiables comme authentiques.

Pour parcourir rapidement, le temps de l’histoire et l’espace géographique modifié dont nous disposons,
puis examiner nos sociétés urbaines contemporaines, utilisons une clef d’observation qui serait,
l’espace de l’intime ou de l’intimité. ("Privacy" en anglais.) Il serait le "lieu" le plus réduit ou "unitaire"
observable et directement associé à la vie de et dans la cellule, ou la famille de base,
réduite au couple avec enfants ou à la personne singulière par exemple.
Le vêtement serait de ce point de vue la protection matérielle la plus rapprochée.

L’affranchissement, très récent dans l’histoire de l’humanité, et en particulier dans les sociétés urbaines
occidentales,de la cohabitation intergénérationnelle est une donnée pertinente.
La diversité des organisations de la famille aujourd’hui, ou sa déstructuration, si elle rend compte
de phénomènes sociaux contemporains, n’a pas encore d’incidences significatives repérables
sur l’organisation de l’habitat urbain ou périurbain.
Les logements contemporains y sont plus ou moins grands, sans que l’on puisse repérer des différences
structurelles. Les seules innovations repérables semblent être la prise en compte de l’arrivée
de l’informatique dans les foyers. La permanence d’un standard semble être la règle.

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La famille, dite monoparentale, est également utilisatrice de logements ou de cellules d’habitat sans organisation spécifique ou adaptée,
si ce n’est la encore par la taille. On peut sans doute regretter cette absence de particularité, mais les freins techniques et par voie de conséquence,
les freins financiers, altèrent sans conteste possible, cette capacité à répondre immédiatement aux besoins, en gestation, qui s’exprimeraient.
L’expression des besoins est rarement attachée à la définition de l’espace intime. Les lotissements réalisés en nombre à la périphérie de nos villes témoignent
de cette absence de traitement. Seule l’évolution du mobilier représente une démarche significative et repérable (2).

Club Naturiste, architecture et naturisme 3 Un lieu de déploiement de l’intime
L’habitat est et restera pour longtemps encore, le lieu de déploiement de l’intime.
Mais de quel intime parlons nous ?
A ce niveau de la réflexion peut être introduit la notion des rapports que nous entretenons
avec le corps singulier au sein d’une collectivité.
L’habitat que nous pratiquons dans les sociétés contemporaines serait de plus en plus
un standard comme signalé plus haut. Un modèle "basique" se généraliserait sur la planète.
Il proposerait, à l’aide d’une distribution fonctionnelle des pièces ou volumes,
une protection de l’intime qui reposerait sur la mise en place d’écrans visuels comme thermiques.
Le prolongement de l’habitat dans la ville par la délimitation d’espaces de transition n’est pas très développé.

Pourtant, il existe des lieux où la généralisation de ce standard s’estompe.
L’église réformée luthérienne, dans les pays nordiques, fut à l’origine d’une transparence relative de l’habitat.
L’absence de rideaux, ou de volets aux fenêtres, observable aux Pays-Bas et dans les pays scandinaves,
qui caractérise l’habitat dans les villes, est indicative de la volonté de montrer que la famille n’aurait rien à cacher.

De cette tradition d’origine cultuelle s’inspire sans doute des recherches récentes en Suède ou l’exposition BO1
(2001) à Malmö permettait de visiter et d’acquérir un habitat contemporain sans portes internes (3).
Tous les espaces habitables du logement se proposaient aux pratiques domestiques
sans avoir à franchir d’obstacles ou d’écrans visuels.
Ces approches complètent aussi les travaux effectués sur la "climatique interne"
de l’habitat, et l’utilisation des énergies non fossiles afin de respecter les orientations du développement durable.

Ici, sans doute, se trouve le point de convergence avec l’espace des centres naturistes.
Malgré ma "pratique" de quelques clubs de France et de nombreux centres de vacances depuis plus de 30 années,
c’est récemment que j’ai fait la relation entre cette approche de l’intime dans l’habitat en général et la singularité de la pratique naturiste.

La relation au naturisme
Le raisonnement par l’absurde, inspiré du raisonnement mathématique, peut, s’agissant de ce travail,
être productif. L’observation sommaire de l’espace résultant des plans des villes historiques du monde islamique,
montre combien, par le traitement des séquences de transition du public et privé, il est possible de confiner
l’intime au plus profond de l’habitat urbain dense. La protection de l’intimité corporelle y serait,
par rapport au domaine public, la plus élaborée.

A l’inverse, l’espace "urbain" tout relatif des centres de vacances naturistes serait le lieu
le moins réducteur du lieu de "l’intime" par l’organisation de l’espace.
Les habitations légères de loisirs (HLL) que sont les produits de type tentes, caravanes, mobil-homes,
et autres bungalows, largement utilisés dans ces centres, et pourtant inspirées des formes traditionnelles
et standardisées, avec leurs dispositions aléatoires, ne présentent pas les protections graduées
de protection du communautaire à l’intime.
Dans ces centres le comportement naturiste admis et partagé par les vacanciers, élimine de fait toute recherche
de protection de l’image corporelle individuelle et annule pratiquement toutes les barrières matérielles
ou mentales qui structurent l’espace de nos villes. L’espace naturiste, dans les centres de vacances,
est original dans la mesure où le partage librement consenti de la nudité en commun est générateur du respect
de l’intime sans avoir à matérialiser (du vêtement à l’habitat) des séquences physiques de protection visuelle.
Ainsi, la progression de l’espace public vers l’espace privé, ou encore de l’intime, reste abstraite, immatérielle.
Cette observation est assimilable à celle que l’on peut faire, en abordant certaines populations traditionnelles,
dont les formes d’habitat s’exposent à la pénétration dans l’intime sans protection particulière.

Il reste, que cette protection est reportée plus avant, en périphérie du groupe identifié
et dont l’habitat est rassemblé en villages forteresses. (4)
Les domaines naturistes que nous pratiquons, sont équipés de clôtures périphériques avec gardiennage,
alors que les communautés traditionnelles sont protégées par des fleuves, des déserts ou encore des forêts.

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Pouvons nous dire pour autant que l’espace naturiste serait assimilable à une aire spécifique appropriée par les populations traditionnelles ?
Il est possible d’observer dans ces communautés de fait que sont les centres naturistes, une recherche plus ou moins consciente de l’innocence originelle.
Recherche d’un hédonisme qui serait associé au partage de la nudité vécue comme une négation volontaire de la protection corporelle à la vision d’autrui.

Sur la base de ces quelques réflexions il est possible d’engager un débat sur les rapports qu’entretiennent les naturistes,
compris comme groupe sociologiquement bien identifié avec ses règles, dans l’espace qu’ils pratiquent, dans les clubs ou dans les centres de vacances.
Pour l’architecte-urbaniste, il est manifeste que ce comportement, spécifique d’un groupe social identifiable, autorise l’ouverture d’un champ d’investigation
associé à la conception de l’habitat et à son organisation dans l’espace, sur des bases renouvelées.
Les centres de vacances naturistes, par leur organisation spatiale, ne rendent compte que très partiellement des possibilités qu’offrent ce rapport à l’intime
dans la mesure où les schémas urbains traditionnels sont seulement transposés et pour l’essentiel simplifiés.

Le raisonnement, en terme de marché, pénalise sans doute une évolution qui serait plus élaborée.
Elle serait aussi plus conforme aux comportements des adeptes et sans doute plus riches de déclinaisons et par conséquent, plus attractive.
Il y a dans cette recherche en gestation ou réflexions préliminaires, comme un parfum d’utopie qui serait fondateur d’une hypothétique "cité idéale". (5)

Club Naturiste, architecture et naturisme 5 Bien-être individuel ?
Pour vivre quelques semaines par an dans ce contexte, et comme responsable d’un club urbain,
il faut bien admettre que la motivation profonde pour adhérer à cette pratique participe sans conteste
de la quête consciente d’un bien-être individuel, à partager.
La démarche prosélyte n’est pas totalement étrangère au naturisme.
Le débat sur l’Europe montre la nécessité de vivre des valeurs communes avec nos voisins du Nord et ibériques.
Les centres de vacances naturistes localisés en France n’existent et se développent que grâce à la fréquentation
d’une population nord-européenne plus que significative en nombre.

Un travail sur ce thème du rapport à l’intime dans l’espace et en milieu naturiste, est-il de nature à renouveler,
avec l’attractivité des centres en particulier, celle du naturisme en général ?...
Plus précisément et pour faire simple, la "pratique" naturiste, ou l’esprit naturiste est-il de nature
à générer un rapport renouvelé à l’espace ?
Comme naturiste avons-nous un rapport différent à l’espace, et si oui ce rapport est-il de nature
à générer des formes renouvelées d’habitat identifiables ?

Pour ma part, dans la démarche de conception de l’habitat il est évident que le fait d’appliquer une réflexion
"naturiste" favorise une organisation spatiale particulière du projet et de son implantation sur un terrain.
Cette orientation naturiste consciente est devenue avec le temps une véritable méthode de travail.
Si on doit se déplacer nu dans l’espace interne et externe de la maison on perçoit aisément
que ce comportement est de nature à structurer le plan et ses rapports avec l’environnement immédiat.

L’évolution récente des réflexions, autant sur l’utilisation des énergies renouvelables dans l’habitat, que sur le développement durable,
ouvre un champ d’expérimentations dans lequel la démarche naturiste peut se positionner de façon originale et pertinente.
Elle retrouverait ainsi ses origines...

Un travail pluridisciplinaire sur ce thème permettrait de faire évoluer les projets relatifs à l’espace habité, à la maison et plus généralement,
favoriserait l’évolution de la pensée naturiste, qui trouverait là, une occasion de s’impliquer dans un débat d’intérêt général.

Daniel Pagès... Pour m'écrire, cliquer ici...

(1) : Cf. Gymno Club Rhodanien - BP. 2 - 69514 Vaulx en Velin Cédex - Tél. : 06 62 56 49 99 - Courriel : gcr-ffn@voila.fr
(2) : Cf. Le succès commercial mondial d’une grande enseigne Suédoise.
(3) : Cf. aussi le programme de logements de Buitenplaats à Ypenburg Pays Bas, la réalisation de maisons patio dans la banlieue de Lyon...
(4) : Cf. Habitat Lobi, par exemple au Burkina faso.
(5) : Cf. l’histoire du naturisme à travers divers ouvrages, en particulier celui de Sylvain Villaret "Histoire du Naturisme en France".



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